Le Val de Loire fait face à une tension inédite sur son marché du logement. Selon les dernières données de l’Union sociale pour l’habitat (USH) Centre-Val de Loire, le nombre de demandes de logement social a dépassé pour la première fois le seuil des 72 000 dossiers en 2025, en hausse de 5,4 % sur un an. Dans le même temps, seulement 17 350 attributions ont été réalisées, soit une baisse de 7,1 % par rapport à l’année précédente.
« La demande continue à exploser, en quatre ans elle a augmenté de 24 % et n’a jamais été aussi élevée », s’inquiète Vincent Henneron, président de l’USH Centre-Val de Loire et directeur général de Valloire Habitat.
Le taux de pression régional – rapport entre demandes et attributions – est ainsi passé de 3,4 à 4,2. Dans le Loiret et l’Eure‑et‑Loir, ce taux dépasse même 5, sous l’effet conjugué de la proximité avec la région parisienne et d’un manque structurel d’offre locative.
Des prix immobiliers contrastés selon les territoires
Ce contexte tendu se reflète dans les prix. Au niveau régional, le prix moyen au m² pour un appartement s’établit à 2 052 € (fourchette de 1 254 € à 3 054 €), tandis qu’une maison se négocie autour de 1 715 €/m². Ces moyennes cachent de fortes disparités :
| Ville / secteur | Prix moyen au m² (avril 2026) | Évolution sur un an |
|---|---|---|
| Olivet (Loiret) | 3 790 € | +31 % |
| Bourges (Cher) | 2 041 € | +22 % |
| Amboise (Indre‑et‑Loire) | 2 641 € | +10 % |
| Saint‑Jean‑le‑Blanc (Loiret) | 2 463 € | –15 % |
| Châteaudun (Eure‑et‑Loir) | 1 388 € | –12 % |
Source : Le Figaro Immobilier, estimations au 1er mars 2026
À Orléans, le prix moyen a reculé de 3,2 % sur un an pour s’établir à 2 597 €/m², mais les professionnels anticipent une hausse de 1 à 3 % d’ici la fin de l’année. Le centre‑ville et le quartier Bourgogne dépassent les 3 200 €/m², tandis que des secteurs comme Argonne restent plus abordables (2 612 €/m²) grâce à une rénovation urbaine en cours.
À Tours, le marché fait preuve d’une stabilité remarquable. Les loyers sont bloqués à 12,90 €/m² pour les maisons et 13,80 €/m² pour les appartements. Côté achat, les maisons affichent 3 360 €/m² (en léger repli) et les appartements 2 949 €/m² (en légère hausse).
Construction neuve : le décrochage régional
L’offre de logements neufs ne suit pas. Sur les douze derniers mois, la région a enregistré une chute de près de 10 % des autorisations de construire, en décalage avec le léger redressement national. Seuls 8 700 logements ont été commencés. Entre janvier et septembre 2025, moins de 900 logements neufs ont été lancés commercialement, un niveau historiquement bas, inférieur de 22 % à celui de la même période en 2024.
Les disparités entre les deux principales métropoles sont frappantes :
- Tours résiste plutôt bien, avec 120 ventes nettes au troisième trimestre 2025 et un délai d’écoulement ramené à 18 mois. Les investisseurs représentent encore plus de 40 % des acheteurs.
- Orléans est en zone critique : seulement 20 ventes nettes au troisième trimestre, pour 70 retraits. Le délai d’écoulement dépasse les 80 mois, ce qui fait craindre une hausse rapide du stock invendu.
« Tant que l’investissement locatif ne repartira pas et que l’écart de prix avec l’ancien persistera, le marché restera sous tension, particulièrement à Orléans », résume Olivier Henry, président d’Ocelor.
Le surendettement, miroir des difficultés de logement
Les difficultés d’accès au logement se traduisent aussi dans les chiffres du surendettement. Selon la Banque de France, la dette globale des ménages surendettés en Centre-Val de Loire atteint 245 millions d’euros. La hausse du nombre de dossiers est de +10,4 % au niveau régional, contre +9,8 % au niveau national.
Dans le Loiret, les dettes immobilières représentent 31 % des passifs. La Banque de France y voit le signe « d’un manque d’offre de logements ». Les départements du Cher (+17,9 %) et du Loir‑et‑Cher (+17,5 %) connaissent les progressions les plus fortes, tandis que l’Indre‑et‑Loire limite la casse avec une hausse de seulement 0,4 %.
Le Bail Réel Solidaire, une solution qui monte en puissance
Face à ces tensions, de nouvelles solutions émergent. Le Bail Réel Solidaire (BRS) – dispositif qui dissocie le foncier du bâti pour proposer des logements 30 à 40 % moins chers – se développe rapidement en Touraine. À Tours, le programme « Evidence » propose des maisons neuves en BRS sur les hauteurs de Sainte‑Radegonde, avec une TVA réduite à 5,5 % et des prix très inférieurs au marché. Livraison prévue au troisième trimestre 2026.
D’autres opérations sont en cours à Tours (« Les Bréanes ») et dans plusieurs communes d’Indre‑et‑Loire, confirmant l’intérêt croissant pour ce modèle d’accession sociale.
Vers un changement de cap politique ?
En cette année de municipales 2026, le logement s’impose comme un thème central de la campagne. Dans l’agglomération d’Orléans, plusieurs programmes de rénovation urbaine sont en cours, comme la réhabilitation de 108 logements dans le quartier de La Source. À Chartres, les livraisons de logements se poursuivent au deuxième trimestre 2026, notamment dans le secteur des jardins d’Henri IV.
Les candidats sont attendus sur des mesures concrètes : relance de la construction sociale, lutte contre les passoires thermiques, facilitation du BRS et renforcement des aides à la rénovation.
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